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Parfois j’explose

Petites histoires en tous sens qui vous invitent à voyager dans les méandres de la vie ponctuée d'imagination et de réflexion. Laisse-toi porter par poussière d'Aventure.
Julie Villevet

Parfois, j’explose.

Le reste du temps, je vogue entre les falaises abruptes de la vie, essayant de ne pas me fracasser. On roule entre les dunes du sommeil, on remonte les escaliers de nos problèmes. Loupe une marche, se casse trois dents, se recoiffe et repart à l’assaut de notre montagne. On ondule sous les poings de l’amour, roucoule auprès de ses amis, danse plus piètrement qu’un rossignole vers d’autres pour tenter de bâtir nos relations.

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Nous sommes soumis aux vents de nos émotions. Cinq puissances incomprises. Toutes bouillonnent en nous, marquant notre corps de cicatrices et laissant des souvenirs doux-amers.

Dehors je fonds au soleil. Je ne suis pas dans cet état à cause de la chaleur. Non, je bouillonne de joie. Je savoure chaque bouchée de ma vie simple au goût de chocolat. J’ai l’impression que cette bulle de bonheur sera éternelle. Enfin c’est ce que je veux croire. 

Pourtant, à l’intérieur de moi, les mini-moi commencent déjà à poser la dynamite. 

Parfois, j’explose.

Le poids du monde sur les épaules. Un sac trop plein. Pas de moyen de le vider, de se vider. On garde tout et on se laisse mener par le bateau du « tu vas y arriver ». Personne ne craque alors toi non plus tu n’y as pas le droit. 

La dynamite fait son travail. Elle n’y est pour rien. Sa force me ravage. Déracine ma personne. La fait tourner dans une lessiveuse et me recrache broyée. L’eau salée dégouline de mes yeux. Mes poumons se serrent, je me referme sur mon petit corps. 

Sentiments de désespoir vite remplacés par la colère. Faible, aucune raison, la vie devrait être belle et pourtant je ne vois que le noir. Mon être sait mieux que le monde que tout va bien et pourtant il a cessé de tourner au moment où mon cœur s’est refermé. Recroquevillé. Séché. Assombrit. Fané. 

Un son brise la noirceur.

Trois coups de poing sur un morceau de bois. Trois notes sur une surface vivante. Quelqu’un se dresse là. Mon esprit est en miette éparpillé aux quatre coins de ma tête. Il ne comprend pas le sens de ce bruit. Mon être est tombé trop profondément et les spectateurs de ce monde ont déjà commencé à jeter des pelées de terre. Je meurs de l’intérieur.  

Les frappements se répètent encore. A intervalle régulier comme les vagues de l’océan. A faible puissance pour me laisser la liberté de l’ignorer. C’est ce que je fais depuis un certain temps. Je suis sourde à toute autre chose que mes organes inanimés. 

Une bouteille apparaît au milieu du tumulte. Un message y est renfermé. Je crains de ne pas parvenir à le déchiffrer. Naufragé sur la mer de mes émotions, j’attrape ce bout de verre vert. Sur le papier, ma situation y est peinte. Moi dans un trou incapable de remonter vers le sol des vivants. 

Trois coups résonnent contre la porte.

Pas celle de ma maison, pas celle de ma chambre, pas celle de mon imagination. Non une beaucoup plus petite, cachée, enfouie. Celle de mon cœur. Un éclair me tombe dessus. Je ne peux pas m’en sortir seule.

J’ouvre cette porte en grand. D’un coup sec, désespéré. Un ouragan s’engouffre. Chasse toutes mes pensées et je crie mon mal-être. Vide, je suis vide et je ne vois pas la suite.

Une graine est placée par celui qui toquait et qui est maintenant de façon troublante à l’intérieur d’un organe sanguin. La plante grandit. Ses feuilles vertes sont chaudes et raniment mes muscles. Ses tiges sont fermes et me redressent. Sa sève est sucrée, me donne l’énergie d’ouvrir les yeux, de remettre la machine en route.

Je suis allongée sur le dos. Mes larmes ont séché. La plante a pris son nom et elle le porte bien. La paix s’est déversée en moi. Je sais qu’elle ne vient pas de moi. Je sais qu’elle vient de celui qui toque à la porte de notre cœur. Et je lui serais éternellement reconnaissante de m’avoir sauvé. Aujourd’hui et toutes les fois où j’explose.

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