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La première décision

Petites histoires en tous sens qui vous invitent à voyager dans les méandres de la vie ponctuée d'imagination et de réflexion. Laisse-toi porter par poussière d'Aventure.
Julie Villevet

A la réflexion, s’ il y avait quelque part une place pour lui dans ce monde, Léo pensait bien qu’elle était ici. Affalé sur la banquette arrière de la voiture, il riait avec ses amis. 

Val conduisait à toute allure, et distribuait les coups de klaxon à grand renfort d’insultes. Par-dessus cela, Bryan se moquait avec vantardise de sa dernière conquête, une mineure de quinze ans. Et Yann, deux baguettes de batterie à la main s’amusait à frapper en rythme tout ce qui lui tombait sous la main, même la tête du conducteur. 

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L’habitacle empestait la sueur, la bière et le cannabis, odeurs familières. Une musique rageuse se déversait par les hauts-parleurs. Et les quatres amis se sentaient invincibles. En même temps, pourquoi ne le seraient-ils pas ? Ils avaient tout pour eux et le monde ne leur refusait rien ! C’est pour cela qu’ils allaient de plus en plus loin, toujours à la recherche de nouvelles choses à faire pour s’occuper. 

Léo, plus en retrait ce soir-là, était traversé par de drôles de questionnements.

Une étrange sensation lui demandait sans arrêt pourquoi il était là. Elle insistait tellement que ça lui faisait chier. Léo avec la même méthode que d’habitude essaya de la déloger. Rien d’autre que lui ne pouvait dicter sa vie. Il faisait ce qu’il voulait : voilà sa seule doxa. Toutefois le malaise était maintenant inséré dans son cœur. 

Yann se tourna vers lui et lui proposa un joint, déjà à moitié entamé par ses trois amis. D’habitude peu enclin à ce genre d’herbe, ce soir, pour faire plaisir à ses potes – se rassurer sur sa parfaite maîtrise de lui-même – et pour chasser son malaise, il accepta. La fumée avait un goût ocre et Léo se mit à cracher ses poumons. Ses trois amis éclatèrent de rire, et les larmes aux yeux Léo sourit, si heureux d’avoir été accepté dans leur groupe. 

La voiture ralentit et tourna vers une petite supérette. Le chef de la bande coupa le moteur, une fois de quinconce au milieu des places de parc. Il jeta un regard dans le rétroviseur. Ses yeux noirs dévisagèrent Léo. 

– Tu vois ce magasin ? Ramène-nous à boire lui ordonna Val.

– Et pas d’eau pour gonzesse, s’esclaffa Bryan.

Leur chef le fit taire d’un regard chargé de haine.

Puis il se tourna vers Léo et lui tendit un pistolet, un sourire méchant au coin des lèvres.

C’était un vrai. Stupéfait l’intéressé cacha sa peur et prit l’arme à feu. Elle était froide dans sa paume. Plus glacial que la mort. 

– Vous faites quoi s’il se fait prendre, le bleu ? demanda Yann témoignant d’une inquiétude sincère envers Léo. Toutefois il regardait ailleurs et son ton était dégagé.

Question légitime mais à laquelle personne ne sembla daigner répondre. Léo avait peur et aucune envie de faire ce qu’on lui demandait. De plus, il venait de comprendre ce que son cœur lui demandait : partir. Mais effrayé par cette idée, il cria intérieurement que c’était ses seuls amis et qu’il était hors de question de s’en aller. De toute manière au point où il en était, mieux valait continuer avec eux. 

– Je leur rentre dedans ! déclara-t-il avec une froide résolution. Sa voix ne lui ressemblait pas. 

Ses trois amis éclatèrent de rire et semblèrent emballés par son idée.

Toutefois lui ne la trouvait pas alléchante du tout et espérait ne pas devoir arriver jusqu’à là. En fait, il ne voulait pas commettre un vol à mains armées… juste être accepté.

Léo descendit de la voiture et entendit à peine les garçons l’encourager et se moquer de lui ouvertement. Cependant, une fois debout une envie de vomir s’empara de son être et une sensation le suppliait de ne pas faire ça. L’air était froid, sa peau se couvrit de sueur.

Val descendit sa fenêtre et lui demanda ce qui se passait. Un déclic s’opéra dans la tête de Léo et il décida d’écouter son instinct plutôt que ses « amis ». Il se retourna d’un coup sec.

– Je ne marche pas, dit à la tête du chef de bande.

Léo jeta le pistolet à l’intérieur de l’habitacle et partit en courant, voulant juste à tout prix s’éloigner.

Déçu par cette lâcheté, les garçons le sifflèrent. Val démarra en trombe et poursuit le jeune homme. La voiture frôla Léo et puis disparut dans le lointain. Pour sa part Léo ne s’arrêta pas de courir.

Il fendit la nuit et ne s’arrêta que lorsqu’il fut à bout d’énergie. Il était seul. Léo venait de perdre ses seuls amis. Tout cela parce qu’il n’avait pas voulu suivre leur jeu. Il se sentit ridicule… Pourtant quelque chose au fond de lui chantait qu’il avait fait le bon choix.

Une chose nouvelle se déversa dans son cœur. Un sentiment indescriptible s’empara de lui. Cela ne chassa pas son doute qui le rongeait. Mais il était porté par quelque chose de nouveau qui continuait de l’appeler. Et cette chose à la place de lui faire peur, l’amenait à espérer. 

Alors il leva la tête vers le ciel étoilé et murmura :

– Aide-moi, ne me laisse pas seul…

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