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L’amour ne cherche pas son propre intérêt

Petites histoires en tous sens qui vous invitent à voyager dans les méandres de la vie ponctuée d'imagination et de réflexion. Laisse-toi porter par poussière d'Aventure.
Julie Villevet

Je fais pivoter mon épée

Je pare le coup de mon ennemi, tourne sur moi-même pour lui planter mon arme dans l’abdomen. Ma lame se glisse sous un défaut de sa cuirasse et le sang dégouline. Je détourne le regard. Un de moins. La bataille fait rage, tout autour de moi. Mais comme je suis plongée en son centre, je ne peux pas observer qui prend l’avantage. 

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J’ai un goût de sang dans la bouche et me demande si je ne me suis pas mordu la langue. Je passe mon bras gauche sur mon front, pour enlever la sueur qui s’y trouve. Je suis épuisée.

Toutefois, l’heure n’est pas au repos. Je me penche, ma main se referme sur mon épée et je repars à l’assaut. Un soldat de bien deux mètres de haut, charge dans ma direction. Il hurle, et malgré le fracas de la bataille, j’entends sa voix. Je sers les dents et m’élance contre lui. 

Nos armes s’entrechoquent avec violence. Le choc remonte jusqu’à mon épaule et m’arrache une grimace. Je reste collée à lui, échappe de justesse à son deuxième coup et tente de riposter. Malheureusement son large bouclier bloque mes coups. J’essaye de réfléchir à une stratégie pour vaincre, mais au plein cœur du combat, mon cerveau refuse de penser à autre chose qu’à ma simple survie. 

Je recule un peu pour essayer de l’attaquer sous un autre angle.

Mais le soldat en profite pour lancer une botte. Sa lame m’atteint à la cuisse et laisse une belle entaille rouge. Je hurle de douleur tandis que mes habits se poissent de sang. Je me retiens de tomber au sol. Boitant j’essaye de reculer en dehors de sa portée. Mais mon ennemi, un sourire cruel sur le visage, bondit sur moi. De justesse j’arrive à parer son coup. Mais, par le côté il me frappe avec son bouclier. Ne pouvant prendre appui sur ma jambe blessée, je tombe. 

Je m’étale de tout mon long par terre. Ma tête me tourne, pourtant je perçois du coin de l’œil, le soldat lever son épée. Je sais que je suis fichue. Il n’y a pas d’issue possible. Pas cette fois. Toutefois il y a tellement de choses que je laisse derrière moi. Tellement de chose que j’aurais voulu faire, tellement de choses que j’aurais voulu dire. Que je voulais te dire…

Je ferme les yeux, priant pour que cela aille vite.

J’aperçois ma terre, mes amies perdues dans le tumulte qui m’entoure, le lieu de notre rencontre.

Un cri aigu résonne au-dessus de moi. Surprise j’ouvre les yeux. Je rencontre le regard de mon ennemi alors que la vie le quitte. Un homme retire sa lame et pousse le corps du soldat sur le côté. 

Il a une blessure au front et du sang dégouline sur son visage. Son bras droit est glissé autour de son ventre et sa respiration est entrecoupée. Le jeune homme a perdu ses jambières. Son regard est dur, toutefois je vois toute de suite, l’inquiétude briller au fond de ses prunelles brunes-dorées. C’est Thaubit. Mon Thaubit.

– Alors fille du vent ? Ce n’est pas le moment de rester à terre, déclare-t-il.

Le jeune homme change de main son épée et me tend un bras.

Des larmes me montent aux yeux et je réalise à quel point je suis soulagée de le voir. Je me rends compte à quel point j’ai eu peur et à quel point je tiens à la vie. Je m’agrippe à sa main et Thaubit me remet sur pieds. Fébrile sur mes jambes, ma tête me tourne, il me soutient. Collée à lui je l’observe. 

J’essaye de marmonner un merci mais rien ne sort. Son sourire innocent se dessine sur ses lèvres. Et plus rien n’a d’importance mis à part le fait que je sois dans ses bras. J’en oublie la bataille. Je me sers contre sa chaleur.

– Tu ne t’éloigne plus de moi c’est clair, affirme-t-il.

La réalité me rattrape. La bataille, la prise d’Aranoran, mes amies. Pas le temps pour une pause. J’hoche la tête. Thaubit desserre son emprise sur moi, mais ne me lâche pas complètement. Je chasse la douleur et côte à côte nous nous élançons dans la mêlée.

Sa présence me procure une paix immensurable et une assurance toute neuve.

Un regain d’énergie me traverse. A deux, nous ne formons plus qu’un et je sais qu’avec lui, je ne crains plus rien. Je l’aime tellement et cette cité infâme devrait trembler devant cet amour.

Dossier: Relations amoureuses

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