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Une léthargie enivrante.

Petites histoires en tous sens qui vous invitent à voyager dans les méandres de la vie ponctuée d'imagination et de réflexion. Laisse-toi porter par poussière d'Aventure.
Julie Villevet

Un soleil printanier était le maître d’un beau ciel bleu parsemé de quelques nuages cotonneux. La nature se réveillait : des moineaux fredonnaient de belles mélodies, les premiers bourgeons s’ouvraient et lâchaient des milliers d’odeurs enivrantes, le vert redevenait éclatant et se parsemait de vives couleurs. Les temps chauds arrivaient pour recouvrir ce magnifique paysage. 

Toutefois, Alizé n’était pas dehors. Elle ne regardait même pas à travers la fenêtre. La jeune fille était allongée sur son divan. Le regard fixé sur le plafond, les membres flasques et la tête vide. Sur son bureau l’attendait une montagne de dossiers. Sur son natel, 13 messages non lus. De plus, normalement elle avait un rendez-vous dans une petite dizaine de minutes. Alizé soupira et ne bougea pas.

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La flemme la maintenait couchée et ce n’était pas si désagréable.

Non, elle était même bien ainsi. La jeune fille entendit une porte s’ouvrir puis claquer. On cria son nom depuis l’autre côté de l’appartement et elle grogna une réponse vague. C’était sûrement Élisa qui venait la chercher, celle-ci trouvera très bien son chemin jusqu’à ma chambre, pensa Alizé. Ce studio n’avait aucun secret pour les deux meilleures amies.

Un coussin vola.

Avec grâce il traça un arc de cercle à travers toute la chambre. Pour finir sa course dans la tête d’Alizé. Celle-ci se redressa en pestant tandis qu’Élisa souriait sur le pas de la porte. 

– Allez debout c’est l’heure d’y aller, s’exclama avec entrain la jeune fille vêtue d’un fin manteau beige et de baskets noires.

Elle avait attaché ses cheveux bruns bouclés en une haute queue de cheval et avait soigné son apparence sans que ça se voie réellement. Sa voix gardait une trace marquée de son sourire. Alizé râla avec une fausse mauvaise humeur et d’un coup sec se rallongea de tout son long. 

– Alizé on va être en retard… insista Élisa.

Elle leva les yeux vers le ciel pour rassembler son courage et adressa une brève prière muette.

Peut-être que ce jour-là serait le bon. 

– Je viens pas. Pas envie, répliqua son amie.

Et pour se donner un peu de prestance, elle consentit à s’asseoir. La jeune fille ramena ses pieds de façon à croiser ses jambes et avec un visage calme elle regarda Élisa. Celle-ci prit sur elle ce premier refus et, n’étant pas prête à abandonner, vint s’asseoir à côté de son amie.

– Il fait beau, le groupe nous attend, tu devrais venir… déclara Élisa.

– Faut se préparer, chercher une Bible, sortir dehors… désolé mais pas aujourd’hui. Va, rejoins Mark et amuses-toi. T’inquiète pas pour moi, j’ai du travail à faire. Okey ?

– C’est ce que tu dis à chaque fois. Élisa attrapa un coussin et frappa son amie sans motivation. Puis elle ajouta : “J’aimerais que tu viennes.” 

– Je sais. Je viendrai… une prochaine fois, dit Alizé après un long moment de silence.

Leurs regards se rencontrèrent et restèrent ancrés l’un dans l’autre pendant une éternité de secondes.

Élisa ne semblait pas prête à partir. Même si les aiguilles tournaient, elle ne bougeait pas. Son amie lui donna un petit coup de coude et murmura du bout des lèvres : “allez file”. 

Élisa roula des yeux et avec détermination affirma :

– Tu vas louper quelque chose !

– La flemme n’est pas une mauvaise chose, répondit du tac au tac Alizé.

Son esprit vagabondait sur une philosophie de plaisir et de détente où ne rien faire semblait être le but ultime de la vie. 

– Ça dépend à quel niveau…

– De toute manière, j’ai du travail qui m’attend.

Après avoir affirmé cela, Alizé se leva et fit mine de s’approcher de son bureau. Son regard erra sur son désordre et l’envie de fuir fut soudainement très séduisante. Travailler ne l’enthousiasmait pas le moins du monde. 

Élisa, elle, alla se placer devant la fenêtre et sentait qu’elle était en train de perdre cette bataille.

Une forte envie d’abandonner et de partir la saisit. Après tout ce n’était pas son choix, il fallait qu’elle respecte cela. Pourtant une petite voix la poussait à continuer, insister encore un peu…

La jeune fille se secoua et se retourna vers sa meilleure amie. 

– Je pourrais t’aider à les faire en rentrant, proposa-t-elle.

Alizé soupira et répliqua qu’elle n’avait pas de Bible de toute manière. Son amie rit avec une joie soudaine. Pas de secret dans cet appartement – elle savait très bien où trouver une bible. 

– T’abandonne jamais râle, s’exclama Alizé en levant les yeux au ciel.

– Allez vient !

Élisa attrapa son amie et la tira à moitié jusqu’au hall. Puis, tandis qu’Alizé chaussait ses chaussures, elle partit attraper une Bible qui était à moitié cachée dans une bibliothèque.

Puis avec entrain les deux jeunes filles s’élancèrent dehors.

Alizé inspira une grande bouffée d’air frais et ferma les yeux au contact du soleil. Ça aussi ça faisait du bien. Elle sourit, contente que son amie l’ait tirée hors de sa chambre.

Dossier: Flemme

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