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Montagne – poussière d’Aventure

Petites histoires en tous sens qui vous invitent à voyager dans les méandres de la vie ponctuée d'imagination et de réflexion. Laisse-toi porter par poussière d'Aventure.
Julie Villevet

Sous mes pieds les cailloux bougent. Si j’appuie trop fort, il y a un risque pour que ces petits bouts de pierre dégringolent la pente jusqu’au bout du monde. Ce serait alors une magnifique aventure. Enfin, seulement si les rochers rêvaient de voyager. Mais bon les cailloux ont leur propre histoire et pour l’instant celle-ci n’intéresse pas trop l’être humain.

Un pas après l’autre, je m’élève, grappille chaque mètre et me bat pour avancer.

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Le chemin est raide et se divise en nombreux raccourcis et longcourcis. Mais il peut s’avérer dangereux de quitter le sentier qui serpente jusqu’au sommet. Tout autour de moi, il n’y a que de vert horizon, quoi qu’à vrai dire, ce ne soit pas la seule couleur dominante. Sur le fond de la toile, il y a bien sûr un ciel bleu-clair parsemé de quelques nuages cotonneux et de plus hautes montagnes grises qui se couvraient d’un chapeau de neige. Voilà ce qui était une peinture un peu plus proche de la réalité.

Mais pour continuer d’ajouter des détails, il faudrait toucher deux mots sur les variétés de fleurs qui poussent sur ce bout du toit du monde. Les couleurs sont pétantes et attirent notre regard autant que les insectes qui sont les animaux sauvages que vous apercevriez le plus. Le parfum des plantes est différent qu’en plaine. Légèrement plus fort, il est dispersé dans l’air grâce à un vent continu qui balaie ces pics.

A mes nombreux arrêts pour tenter vainement de reprendre mon souffle, après que mon regard eusse été rassasié de la vue, il se pose à mes pieds pour observer ce terrain fleuri. Et si je ne devais pas continuer mon ascension, je resterais là indéfiniment, oubliant toute ma vie pour me contenter d’observer. Plus d’un serait tenté de se composer un magnifique bouquet hors de prix mais gratuit car cueilli à même la montagne pour le ramener chez lui, mais pas moi. J’ai connaissance de l’étrange rapidité qu’ont les plantes à flétrir lorsqu’on les arrache de chez elles.

Cette fois-ci mon arrêt dure plus longtemps, à qui la faute ?

Il faut bien recharger les batteries. Je m’assieds sur un rocher qui point le bout de son nez en dehors de la terre. En pleine nature, il n’y a pas mieux comme siège et pourtant ces mêmes pierres peuvent te faire trébucher si ton esprit est perdu vers de plus hautes hauteurs. J’avale quelques gorgées d’eau et mastique quelques fruits secs qui vont me donner du sucre pour terminer cette montée. Plus loin, je sais que mon corps aura le droit à un repas plus consistant qu’il attend avec impatience. Cependant pour l’instant il faut continuer d’avancer. Atteindre la crête, pour entamer la descente qui n’est pas forcément plus facile que la montée et ensuite continuer jusqu’au prochain obstacle à franchir.

Non, le meilleur moment c’est lorsque l’on est tout en haut où l’on surplombe tout, tel un aigle royal. Rien ne nous fait plus peur et l’expression avoir la tête dans les nuages prend tout son sens. Minuscule petit humain qui croit avoir une vue sur tout ce qu’il connaît, mais il faut lui laisser profiter de cet instant.

C’est important de prendre du temps pour contempler le chemin parcouru.

C’est aussi important d’avoir la possibilité de voir la suite de la route qui s’étend devant soi, même si on n’aperçoit presque jamais l’arrivée. Ce n’est pas un souci, on est très doué pour se l’imaginer.

Ma route est en dents de scie, enchaînement sans fin de sommets et de vallées mais on sait que tout au bout, quelque part, il y a l’arrivée. Alors on continue d’avancer, un pas après l’autre, mes yeux tantôt fixés sur mes pieds, tantôt scrutant l’horizon. Avec toujours une légère peur de trébucher sur ce sol irrégulier. Surtout qu’en ces lieux, chuter serait fatale.

Après des heures d’effort, je parvins enfin à me hisser au sommet de la crête.

J’ai l’impression d’être seule au monde et mon cerveau se déconnecte. Il essaye à tout prix de graver à l’indélébile ce qu’il décrypte de mon regard mais c’est impossible. Alors je regarde, et regarde encore, la chaîne de montagne qui m’entoure, le ciel qui me surpasse et les vallées qui m’entourent et me piègent en haut de mon pic. Comme si, à force de contempler la vue, elle allait rester à jamais dans ma mémoire. C’est une chimère, j’en ai bien conscience mais je ne peux m’empêcher d’agir ainsi.

Une forte bourrasque de vent me déstabilise et me ramène d’un coup sur terre. Je frissonne. Malgré un soleil évident, il fait frais dans ces hauteurs, en partie à cause du vent qui n’est pas violent mais ne s’arrête pas de souffler. Alors que j’ai la chair de poule, je me décide enfin à sortir ma veste que je transporte dans mon sac depuis le début de cette longue marche. Voilà qui est un peu mieux. Mon corps se réchauffe lentement. Pourtant je sais très bien, qu’une fois remise en marche j’aurai trop chaud. Tant pis pour l’instant je préfère avoir chaud que froid. Je ferme ma veste et remet mon sac sur mon dos.

Mon regard se perd pendant de précieuse seconde et lorsque la raison se rappelle à moi, c’est après un soupir que j’attaque la descente.

Fin

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